Bien que le manque de statistiques commerciales spécifiques empêchent de brosser un panorama complet du commerce des produits biologiques, les chiffres des ventes au détail permettent d’en comprendre l’importance. Une étude du CCI suggère que la vente au détail en Europe, au Japon et aux États-Unis – les plus grands marchés pour ces produits – a plus que doublé entre 1997 et 2001 (d’environ US$ 10 milliards à environ US$ 21 milliards). Avec des ventes s’élevant à environ US$ 9,5 milliards en 2001 (soit 1,5% à 2% des ventes totales de produits alimentaires), les États-Unis représentent le plus vaste marché du monde pour ce groupe de produits.
Un fort potentiel de croissance
Les chiffres des ventes du secteur à eux seuls sont révélateurs. Il est intéressant aussi d’observer le pourcentage des ventes des aliments biologiques comparé aux ventes totales des aliments (biologiques et non biologiques). Actuellement, elles sont encore presque insignifiantes, variant entre 1% et 3% des ventes totales du secteur alimentaire sur les marchés mondiaux, ce qui indique précisément un fort potentiel de croissance.
Durabilité
Aux États-Unis, le secteur s’attend à ce que la forte croissance de ces dernières années continue à court et moyen termes. Selon le rapport Organic Consumer Trends 2001, publié par le Natural Marketing Institute en coopération avec l’Association pour le commerce des produits biologiques (Organic Trade Association (OTA)), les ventes au détail pourraient atteindre US$ 20 milliards en 2005.
Produits bio recherchés
Ces prévisions de croissance se fondent sur le fait que les consommateurs sont au courant des questions liées à la santé et à l’environnement, et de plus en plus hostiles aux produits fabriqués à partir d’organismes génétiquement modifiés. Les distributeurs d’aliments et de boissons rattrapent la tendance vers des produits plus sains – en fait, ils vont probablement stimuler la demande. De nombreux détaillants se sont mis à faire une publicité agressive et ciblée pour ce type de produits, et la promotion commerciale va s’intensifier au fur et à mesure que les principaux détaillants se lancent dans le négoce des produits bio. Les grandes industries alimentaires s’intéressent de plus en plus au développement de lignes de produits biologiques.
Nouvelles normes
Aux États-Unis, des normes nationales ont récemment été introduites concernant la production et la manipulation de produits agricoles biologiques; elles vont certainement avoir des incidences sur ce secteur d’activité. Tout au long de la chaîne de valeur, du fermier au consommateur, ces normes vont valoriser les produits bio.
Les risques
Bien que le panorama général semble très positif, les fournisseurs ne devraient pas négliger les risques. D’abord, l’offre excessive, occasionnelle ou régulière, de certains produits ou groupes de produits peut avoir des effets négatifs. Ainsi, les prix des produits bio pourraient chuter, ce qui entraînerait des profits insuffisants tant pour les producteurs que pour les négociants. Ensuite, d’autres formes de cultures durables et respectueuses de l’environnement peuvent devenir des concurrents sérieux à l’avenir. Les systèmes de culture intégrée, qui combinent l’utilisation de produits chimiques et de contrôles biologiques (par exemple pour la gestion des parasites, des mauvaises herbes et des éléments nutritifs) en sont de bons exemples. Les acheteurs peuvent considérer ces systèmes intégrés, qui diminuent mais n’éliminent pas les produits chimiques, comme un compromis acceptable entre l’agriculture biologique et l’agriculture intensive classique.
Enfin, les médias ayant dénoncé des fraudes concernant des commerçants sans scrupules qui vendaient plus cher des produits non biologiques sous le label bio, les consommateurs pourraient devenir méfiants.
Même si les prévisions d’expansion du marché s’avèrent, les taux de croissance vont ensuite ralentir, voire stagner, comme ce fut le cas sur certains marchés européens après des années de croissance accélérée, au Danemark et en Suisse notamment (où la progression semble pourtant reprendre).
Débouchés pour les pays en développement
Le marché américain va sans doute continuer d’offrir aux producteurs de produits biologiques des débouchés intéressants, que ce soit du point de vue des acteurs nationaux ou pour des commerçants étrangers à la recherche de nouveaux marchés. Concernant les pays en développement, voici les catégories de produit les plus importantes.
- Produits, notamment tropicaux, croissant hors des États-Unis (ou seulement en très petite quantité). Parmi eux se trouvent le café, le cacao et le thé, la plupart des fruits et légumes tropicaux (tant frais que transformés, par exemple sous forme de jus, de concentré ou de pulpe), certaines herbes et épices, les fruits secs et noix. Les fournisseurs seront en général des producteurs des pays industrialisés.
- Produits hors saison, tels que les fruits et légumes frais cultivés aux États-Unis mais dont la demande n’est pas satisfaite à certaines périodes de l’année (hors de la saison de production aux États-Unis). Les fournisseurs potentiels seront principalement des producteurs de l’hémisphère sud.
- Produits de saison, tels que les fruits et légumes qui manquent temporairement ou de façon prolongée sur le marché en raison d’une forte demande. Les fournisseurs seront tant des producteurs des pays industrialisés que des pays en développement.
- Nouveautés ou spécialités, comme des vins biologiques de haute qualité, certains produits alimentaires exotiques ou aliments préemballés. À l’heure actuelle, les exportateurs européens sont les plus grands acteurs étrangers du secteur; pourtant, certains pays en développement pourraient tirer parti de ces niches, comme les exportateurs de vin argentins, chiliens et sudafricains.
On prévoit que la majeure partie de la demande de produits bio comprendra les denrées fraîches (fruits et légumes), les matières premières en gros qui seront conditionnées sur place, ou des ingrédients qui seront transformés et emballés ultérieurement. Les fournisseurs d’autres denrées bio, dont les produits transformés et emballés trouveront également des acheteurs aux États-Unis.
Nouvelles normes pour le label biologique
Aux États-Unis, le nouveau Programme national biologique (NOP) du Département de l’agriculture (USDA) sera pleinement en vigueur dès le 21 octobre 2002. Il se fonde sur les normes nationales pour la production et la manutention des denrées biologiques et détermine quatre catégories de produits biologiques.
- 100% biologique: sous cette désignation se trouvent les produits ne contenant que des ingrédients produits biologiquement.
- Biologique: produits contenant 95% d’ingrédients produits biologiquement par poids.
- Produits transformés contenant moins de 70% d’ingrédients produits biologiquement: le terme biologique ne peut être inscrit sur l’étiquette principale de l’emballage, mais la liste des ingrédients sur l’emballage peut spécifier les composants qui sont produits biologiquement.
Dès le 21 octobre 2002, les denrées des deux premières catégories peuvent porter le sceau «USDA Organic Seal» (certification biologique du Département de l’agriculture) sur leur emballage, qu’ils soient produits dans le pays ou à l’étranger, pour autant qu’ils répondent aux exigences du NOP.
À partir de cette date, tout produit étiqueté comme biologique, quelle que soit son origine, devra être certifié selon les règles du NOP par un organisme agréé.
Le commerce avec des partenaires certifiés
Tout producteur qui envisage d’exporter vers les États-Unis devrait travailler avec un importateur ou un intermédiaire de renom, associé avec un ou plusieurs organes de certification agréés par l’USDA. Il n’est pas nécessaire que l’organe de certification se situe aux États-Unis.
Le site web du NOP (http://www.ams.usda.gov/nop) fournit tous les renseignements nécessaires sur le NOP ainsi que ses règles et les formulaires pour l’accréditation des organes de certification. Les fournisseurs peuvent aussi obtenir de l’information auprès de l’Association des inspecteurs biologiques indépendants (IOIA) (http://www.ioia.net).
Les canaux de distribution s’étendent
En général, les aliments bio étaient vendus en dehors des systèmes de distribution habituels, par la vente à la ferme, sur la place du marché, dans des magasins d’alimentation naturelle et chez des marchands spécialisés. De la même manière, c’étaient de petites ou moyennes entreprises, plutôt que les grandes industries alimentaires, qui se chargeaient de la transformation et du conditionnement.
Vu la forte croissance de ce marché, la vente s’est déplacée vers les grands commerces, et l’industrie agroalimentaire y participe de plus en plus. Le secteur des aliments biologiques subit un processus de consolidation par le biais d’acquisitions, de fusions et d’alliances.
Les importateurs spécialisés
Les fournisseurs d’ingrédients ou les importateurs spécialisés qui approvisionnent les distributeurs et les industries alimentaires s’occupent généralement de l’importation des produits bio. Le consommateur final obtient ses aliments et boissons biologiques principalement dans les magasins d’alimentation naturelle, puis dans les supermarchés ou d’autres canaux de distribution, y compris la restauration (restaurants, écoles, hôpitaux, etc.), les étals des marchés ou la vente par internet. La récente étude du CCI donne les noms et adresses des importateurs et autres sociétés impliquées dans le commerce bio. L’OTA et diverses références commerciales fournissent également le nom des compagnies du secteur.
Conseils pour entrer dans ce marché
- Se positionner assez tôt. Il est plus facile de se positionner sur un nouveau marché dans des périodes de forte croissance; ainsi, les exportateurs potentiels vers les États-Unis devraient se hâter s’ils veulent profiter de la situation actuelle du marché. Cela leur permettra de disposer d’une place sûre avant que la concurrence ne s’intensifie, ce qui va probablement se produire ces prochaines années.
- Développer une bonne base d’approvisionnement. Mettre sur pied un commerce d’exportation de produits bio dans les pays en développement requiert beaucoup de travail. Au niveau national, il est fondamental de disposer d’une bonne base d’approvisionnement agricole accompagnée d’une certification nationale ou internationale appropriée. Pour le producteur-exportateur, il est également important d’offrir un choix de produits alimentaires bio de très bonne qualité, capables de répondre à toutes les exigences du marché.
- Collaborer avec ses pairs. Les producteurs devraient travailler en collaboration avec leurs partenaires dans les pays où ils exportent, notamment par des associations ou des coopératives. Travailler ensemble peut signifier produire un plus grand choix de produits en quantités commercialisables et à meilleur prix.
Cela peut également signifier une meilleure manipulation après récolte, lors de la transformation, de l’emballage, du stockage, du transport et de l’administration, ainsi que la diminution des coûts de certification et de participation à des manifestations telles que les foires commerciales.
- Inspection et observation des exigences techniques. Les exportateurs doivent s’assurer que la certification biologique sera reconnue et acceptée par le NOP et que les produits exportés obéissent à toutes les exigences légales et commerciales du marché (hygiène, poids, taille, maturité, couleur, emballage et autres spécifications techniques) aux États-Unis.
- Choisir le(s) bon(s) distributeur(s). Il est impératif que les exportateurs choisissent soigneusement les segments de marché et les canaux de distribution. Un rapport étroit et de confiance avec l’importateur ou le distributeur est indispensable à la bonne marche des affaires. Selon le(s) produit (s), il peut se révéler nécessaire de sélectionner plusieurs importateurs (sur plusieurs zones géographiques), pour autant que cela soit justifié par un volume suffisant des produits exportés.
- Rester dans le coup. Les exportateurs doivent se tenir au courant des développements du marché en partageant l’information, en lisant la presse spécialisée, en consultant l’internet, etc. Ils devraient aussi visiter les foires commerciales consacrées aux produits biologiques.
- Développer un marché local. Même si l’exportation peut représenter un négoce avantageux, les pays en développement ne devraient pas ignorer ou négliger le marché local. Un marché d’une certaine importance aidera à réduire la trop grande dépendance du ou des marchés extérieurs et à assurer une production biologique de base.
- Partenariat avec le marché d’exportation. Les pays en développement devraient considérer les États-Unis non seulement comme un marché d’exportation potentiel pour les produits biologiques, mais aussi comme un partenaire possible pour coopérer dans le domaine de l’agriculture, de la transformation, de la certification et de la commercialisation des produits bio. De nombreux particuliers, sociétés ou organisations (quelques-uns d’entre eux sont mentionnés dans la récente étude du CCI The United States Market for Organic Food and Beverages) sont intéressés à développer des projets d’exportation en partenariat avec des pays en développement. De bonnes sources pour obtenir des contacts commerciaux sont l’OTA et d’autres organisations similaires ou les foires commerciales.
Organic Trade Association (OTA)
L’Association du commerce biologique (Organic Trade Association (OTA)) est une association commerciale dont les membres représentent l’industrie des produits biologiques au Canada, au Mexique et aux États-Unis. Ce sont notamment des cultivateurs, des transporteurs, des préparateurs, des certificateurs, des associations d’agriculteurs, des consultants, des courtiers, des importateurs et des exportateurs, des fabricants, des distributeurs et des détaillants. L’OTA encourage la préservation écologique mondiale et œuvre à la promotion des denrées biologiques sur les marchés et à l’intégrité des normes relatives aux produits biologiques.
Pour plus d’information, vous pouvez consulter le site de l’OTA (http://www.ota.com), qui inclut le répertoire The Organic Pages Online: North American Resource Directory, ou envoyer un mail à: info@ota.com
Sources d’information sur l’agriculture biologique, les normes et les marchés
- The United States Market for Organic Food and Beverages (CCI, 2002). Disponible en ligne à l’adresse http://www.intracen.org/mds/sectors/organic, rubrique «Studies».
- Denrées alimentaires et boissons biologiques: Offre mondiale et principaux marchés européens (CCI, 1999).
- «L’exportation d’aliments biologiques» (Forum N°3/1998).
- Les marchés mondiaux des fruits et légumes biologiques (FAO/CCI/CTA, 2001).
- Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO; http://www.fao.org/organicag).
- L’Organisation mondiale pour l’agriculture biologique (International Federation of Organic Agriculture Movements (IFOAM); (http://www.ifoam.org) abrite notamment le mouvement pour l’agriculture biologique; elle compte quelque 750 membres dans une centaine de pays partout dans le monde.
Cet article est tiré d’un ouvrage publié par le CCI, The United States Market for Organic Food and Beverages. Il constitue le suivi d’un article sur les produits biologiques, paru dans Forum du commerce N° 3/1998, consacré aux grands marchés européens. Pour en savoir plus, veuillez contacter Rudy Kortbech-Olesen, Conseiller principal en développement des marchés du CCI; e-mail: kortbech@intracen.org








