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    La qualité - une condition sine qua non pour exporter: Complexité croissante des prescriptions techniques sur les marchés d'exportation

     

     
     
    Forum du commerce international - No. 3/2010 
     

    Les exportateurs des pays en développement (PED) désireux de pénétrer avec succès les marchés des pays développés sont soumis à des pressions de plus en plus vives destinées à obtenir d'eux qu'ils se conforment aux normes internationales.

    Des progrès de taille ont été accomplis dans plusieurs PED pour créer les infrastructures qualité nécessaires, pour permettre aux exportateurs de comprendre la nature et la teneur des normes de qualité en vigueur tout en prenant les mesures qui s'imposent pour les respecter. Pour de nombreux PED qui doivent encore se doter des infrastructures nécessaires pour aider leurs exportateurs à satisfaire aux prescriptions du marché, la procédure à suivre est bien définie et, fait important, les bons exemples à suivre et les possibilités d'influencer les normes sont nombreux.

    Obstacles non tarifaires - publics et privés 

    L'abaissement progressif des obstacles tarifaires, destiné à faciliter le commerce, s'est accompagné d'une augmentation des obstacles non tarifaires. Ces derniers consistent en des règlements techniques et en des mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS) imposés par les gouvernements pour protéger la santé et la sécurité de leurs populations et l'environnement, ainsi qu'en des normes volontaires élaborées par des organismes normatifs nationaux, régionaux et internationaux telle la norme ISO 9001 pour les sytèmes de gestion de la qualité, ISO 22000 pour les systèmes de gestion de la sécurité alimentaire et les normes privées élaborées par des consortiums et des détaillants. Dans le secteur de l'alimentation, les flambées périodiques de maladies d'origine alimentaire ont entraîné un renforcement de la réglementation, les fournisseurs de produits de marque étant tenus responsables de l'innocuité de leurs produits à moins qu'ils puissent prouver qu'ils ont respecté les règles. C'est ainsi qu'ont vu le jour des normes privées telle la Norme mondiale pour la sécurité des denrées alimentaires du Consortium des distributeurs britanniques et GlobalG.A.P., produites par le Groupe de travail européen des producteurs sur les bonnes pratiques agricoles. Les préoccupations environnementales et sociales ont débouché sur l'élaboration de normes telle Worldwide Responsible Accredited Production, laquelle s'applique essentiellement aux secteurs du vêtement, de la chaussure et de la confection, SA 8000 sur la responsabilité sociale (voir page 13), Forestry Stewardship Council pour le secteur du bois et de l'ameublement, Marine Stewardship Council pour les produits halieutiques, ainsi que des normes relatives à l'empreinte carbone.

    Difficultés pour les entreprises des PED 

    Les entreprises qui envisagent d'exporter leurs produits doivent avant toute chose se procurer des informations à jour sur les prescriptions techniques en vigueur, tant volontaires qu'obligatoires, sur les marchés cibles. Les petites et moyennes entreprises (PME) éprouvent de vives difficultés à suivre l'évolution de ces prescriptions en constante mutation.

    Une fois obtenues les informations requises, les entreprises doivent adapter leurs produits aux prescriptions en vigueur sur le marché d'exportation. Pour cela, de coûteux investissements en équipements et pour moderniser les infrastructures peuvent être nécessaires. Qui plus est, même si les règlements techniques et les mesures SPS reposent sur des normes internationales, les entreprises ont encore des problèmes à surmonter, leurs besoins particuliers n'ayant peut être pas été pris en considération lors de l'élaboration des normes. Ce ne sont généralement pas les PED qui élaborent les normes, mais ce sont eux qui doivent les respecter. En outre, la prolifération des normes privées portant, entre autres, sur l'innocuité des aliments et les questions environnementales et de société, constitue un défi de taille pour les exportateurs.

    Une fois le produit adapté aux prescriptions en vigueur sur le marché cible, l'exportateur doit attester de sa conformité. Dans bien des cas, les exportateurs sont contraints de passer par des organismes de certification étrangers reconnus sur le marché d'exportation. Les services peuvent être coûteux. Dans le cas des produits alimentaires et agricoles, il n'est parfois pas possible d'exporter en l'absence 'd'autorités nationales compétentes' et reconnues, capables de certifier la conformité du produit aux prescriptions du marché d'exportation comme, par exemple, les produits halieutiques destinés à l'Union européenne (UE).

    Les entreprises exportatrices de fruits et de légumes se heurtent à un problème de taille: les délais nécessaires pour accéder au marché. Un profil des parasites et des maladies associés au produit destiné à l'exportation doit être établi afin de faciliter l'analyse des risques à l'importation sur le marché cible. À titre d'exemple, dans les années 1990, huit années ont été nécessaires à la Chine pour obtenir que sa pêche Ya soit autorisée à pénétrer le marché australien, sous réserve de l'enregistrement de ses vergers et des installations de conditionnement, et de l'application de mesures de gestion des parasites. Les importations de produits agricoles exigent aussi des mesures de contrôle destinées à protéger les cultures autochtones qui pourraient être endommagées par l'introduction de parasites et de maladies étrangers.

    Surmonter les difficultés à l'exportation 

    Influencer les prescriptions d'ordre technique 

    L'OMC a essayé d'abaisser au minimum les obstacles non tarifaires en exigeant de ses Membres qu'ils fondent leurs règlements techniques et leurs mesures SPS sur les normes internationales. Cette décision a entrainé une augmentation significative du recours aux normes internationales qui jouent à l'exportation un rôle plus notable que les normes nationales. Il est donc impératif que les PED élaborent des normes pour les produits qui présentent pour eux un intérêt à l'exportation, pour faire en sorte que leurs besoins soient pris en considération dans l'élaboration des normes internationales.

    Des mécanismes nationaux peuvent être instaurés pour recueillir l'avis des milieux d'affaires et les associer à l'élaboration des normes internationales. La Malaisie, gros exportateur de lait végétal (substitut de lait à base de graisses végétales) produit à partir d'huile de palme, a participé aux réunions du comité compétent de la Commission du Codex Alimentarius et a réussi à influencer les normes internationales. L'Inde a joué un rôle proactif en élaborant la norme ISO sur le thé noir, laquelle tient donc compte de ses besoins.

    Lorsque les Membres de l'OMC proposent d'adopter des règlements techniques et des mesures SPS qui ne reposent pas sur des normes internationales, et qui peuvent donc avoir un impact significatif sur le commerce, ils doivent le notifier aux autres Membres pour que ces derniers puissent s'exprimer et que leurs vues soient prises en considération avant l'adoption définitive des normes. Ils doivent suivre ces notifications et soumettre leurs commentaires dès que cela est nécessaire pour protéger leurs exportations.

    Obtenir des informations sur les règlements techniques 

    Au titre de l'Accord sur les OTC et de l'Accord sur l'application des mesures SPS de l'OMC, les Membres sont tenus de se doter de points d'information sur les prescriptions techniques applicables aux autres Membres de l'OMC. Ces derniers peuvent transformer cette obligation en droit en obtenant des points d'information des renseignements actualisés sur les normes publiques et les prescriptions techniques obligatoires en vigueur sur les marchés d'exportation. Il est plus difficile d'obtenir des informations sur les normes volontaires adoptées par les consortiums et les détaillants, celles-ci ne relevant pas des compétences des points d'information.

    Les exportateurs doivent suivre de près les changements apportés aux prescriptions techniques de produits en vigueur sur leurs marchés d'exportation. Le Guatemala exportait des baies vers le Mexique lorsque, du jour au lendemain, ses produits n'ont plus été autorisés à pénétrer le marché mexicain. Les prescriptions relatives à l'importation de baies au Mexique avaient changé sans que les exportateurs guatémaltèques en aient été informés ou qu'ils l'aient constaté par eux mêmes. Il est possible de suivre l'évolution des prescriptions en vigueur et de diffuser l'information aux parties concernées, notamment par le biais d'Export Alerte! du Conseil canadien des normes.

    Adapter les produits et apporter la preuve de leur conformité 

    Une fois qu'elles ont obtenu des informations sur les prescriptions techniques en vigueur sur les marchés d'exportation, les entreprises doivent adapter leurs produits et apporter la preuve de leur conformité aux acheteurs et aux autorités de réglementation du marché cible. Les associations sectorielles sont bien placées pour offrir des services de conseil. Les organismes de normalisation nationaux ne peuvent offrir ces services s'ils interviennent aussi en tant qu'organismes de certification; ils ne peuvent être en même temps juge et partie.

    La certification par des organismes de certification étrangers pouvant être coûteuse, les entreprises peuvent se partager les frais, notamment ceux liés au transport aérien. Les petits agriculteurs peuvent se regrouper et opter pour la certification de groupe que proposent ces organismes.

    Différentes solutions s'offrent aux entreprises, comme opter pour une stratégie de repli, renoncer aux marchés les plus difficiles au profit des marchés moins stricts. Elles peuvent opter pour la mise en conformité en anticipant les normes et en s'y conformant le plus tôt possible. Enfin, elles peuvent choisir d'être des acteurs du processus d'élaboration des normes. L'exemple du Bénin peut être donné, qui a pris la terrible décision de suspendre volontairement ses exportations de crevettes à destination de l'UE en juillet 2003 car son Gouvernement ne pouvait garantir la conformité de ses produits de la mer aux dernières directives européennes (voir page 20).

    Règlement des différends 

    Les différends entre partenaires commerciaux peuvent se régler au plan bilatéral, en marge des Comités OTC et SPS de l'OMC, ou dans le cadre des réunions de ces comités lorsque des préoccupations commerciales spécifiques y sont abordées. Cependant, dans l'impossibilité de parvenir à un accord, la partie lésée peut saisir le mécanisme de règlement des différends de l'OMC. Le différend entre l'UE et le Pérou sur la classification des sardines nous montre comment réussir à accéder à un marché qui lui était jadis fermé. L'UE avait refusé de classer les sardines péruviennes dans la catégorie des 'sardines', et ce en dépit du fait que cette décision était contraire à la norme de la Commission du Codex Alimentarius en vigueur. L'UE a dû modifier sa réglementation pour l'aligner sur le Codex et autoriser l'importation des sardines péruviennes.

    L'infrastructure qualité 

    Mettre en place une infrastructure qualité offrant des services de normalisation, de métrologie, d'essai, de contrôle, de certification et d'accréditation est un exercice complexe, coûteux et de longue haleine. Il s'agit cependant d'un élément clé de la compétitivité des pays à l'exportation. Dans les économies nouvellement industrialisées, il a été constaté que les PME recouraient rarement aux fournisseurs de services étrangers en l'absence de capacités autochtones. Devoir envoyer les équipements à l'étranger pour les étalonner ou recourir à des auditeurs étrangers est dissuasif. À l'heure d'élaborer leur stratégie nationale d'exportation, les PED devraient accorder une attention toute particulière à la mise en place d'une infrastructure qualité. Une approche progressive est, à cet égard, recommandée. Dans un premier temps, il s'agit de créer un organisme de normalisation national qui fournira les services d'essai, d'étalonnage et de contrôle, ainsi qu'un point d'information sur les prescriptions techniques en vigueur sur les marchés d'exportation. Quel que soit le pays, il s'agit là du strict minimum en termes d'infrastructure qualité. Il convient ensuite de créer des organismes de certification. Lorsqu'il existe un nombre significatif d'organismes d'évaluation de la conformité, un système national d'accréditation peut être créé.

    La responsabilité de la traçabilité des mesures, du contrôle des poids et mesures du commerce ainsi que de l'accréditation devrait incomber au secteur public. Par ailleurs, celui-ci devrait offrir des services d'évaluation de la conformité (d'essai, de contrôle et de certification). Les secteurs public et privé pourraient se charger de la normalisation et fournir des informations d'ordre technique. Le secteur public pourrait aussi offrir des services d'évaluation de la conformité, tels des services d'essai, dans la mesure où cela est dans l'intérêt national et en l'absence d'intérêt de la part du secteur privé faute d'une rentabilité suffisante.

    Les partenariats public-privé peuvent dans une grande mesure contribuer à mettre en place l'infrastructure qualité. En Afrique du Sud, l'association des viticulteurs a travaillé avec le Département de l'agriculture pour mettre sur pied un dispositif destiné à assurer la pérennité des exportations à l'UE. À présent, le Département de l'agriculture, en sa qualité d'autorité compétente, certifie le vin destiné à l'exportation sur la base des résultats des évaluations de la conformité menées par les laboratoires et organismes de certification tant publics que privés dûment accrédités. Il ne réalise pas lui-même les essais.

    S'agissant des infrastructures SPS, le secteur public est responsable de l'entretien des zones exemptes de parasites et de maladies, des inspections à la frontière et de la quarantaine destinée à éviter les maladies des plantes et des animaux, ainsi que de la surveillance épidémiologique. Les entreprises ne peuvent exporter à destination d'un marché donné, tel celui de l'UE, que lorsque le gouvernement peut garantir l'innocuité des aliments. Le secteur privé a également un rôle important à jouer en ce qui concerne l'approche préventive à adopter, celui-ci étant tenu de mettre en place un système HACCP.

    La création d'une infrastructure qualité exigeant des investissements considérables, des solutions régionales pourraient être envisagées. La collaboration à l'échelle régionale exige de chaque pays qu'il soit doté d'une infrastructure qualité nationale de base. Les institutions nationales peuvent alors partager leur expérience et mettre en commun leurs ressources limitées en équipement et en personnel. La mise en place d'un réseau régional faciliterait le recours aux laboratoires dûment accrédités dans les pays voisins. Dans de nombreux PED, un organisme national d'accréditation risquerait fort de ne pas rentrer dans ses fonds, la quantité de travail n'étant tout simplement pas suffisante. Un organisme d'accréditation régional serait plus indiqué mais l'instaurer et obtenir sa reconnaissance internationale peuvent prendre du temps. À titre d'exemple, plus de 12 années ont été nécessaires avant que ne soit opérationnel le Système d'accréditation de la Communauté de développement de l'Afrique australe, et ce grâce à un accord de jumelage avec le Système d'accréditation national de l'Afrique australe, un organisme d'accréditation reconnu à l'échelle internationale.

    La marche à suivre 

    Les pays devraient se doter d'une infrastructure nationale qualité adaptée et qui tienne compte des chaînes de valeur pertinentes. Cela est essentiel pour les produits alimentaires et agricoles car la certification devrait être accordée par les autorités nationales compétentes et afin de protéger les fruits et les légumes contre les parasites et les maladies.

    Des mécanismes de suivi des nouvelles prescriptions techniques devraient être mis en place pour les produits qui présentent un intérêt à l'exportation afin qu'elles puissent être prises en considération et pour pouvoir diffuser des informations actualisées aux exportateurs. Un partenariat public-privé serait ici tout indiqué.

    Les associations sectorielles pourraient fournir des services de conseil pour adapter les produits aux prescriptions en vigueur sur les marchés cibles, et les organismes nationaux accrédités pourraient certifier la conformité à ces prescriptions pour autant qu'ils soient reconnus sur le marché cible. Autre possibilité: s'attacher les services d'organismes étrangers.

    Le respect des prescriptions techniques permet de s'assurer un accès au marché. Il est néanmoins nécessaire d'aller au-delà des prescriptions techniques et de satisfaire les consommateurs. Promouvoir l'innovation, l'amélioration continue et l'excellence (par le biais, par exemple, d'une politique nationale de qualité), facilite grandement l'exportation.